Posted on décembre 24, 2009 | Category: 5 - Argentine
Ce matin une nouvelle importante est tombée, la justice ordonne que des échantillons d’ADN soient prélevés sur les personnes de Felipe et Marcela Noble Herrera. Felipe et Marcela ne sont pourtant pas des délinquants, mais simplement des enfants adoptés durant la dernière dictature par madame Ernestina Herrera de Noble et son mari. Jusqu’à aujourd’hui ils ont refusé de coopérer avec la justice qui veut découvrir leur origine. Mais, comme la loi l’y autorise, la justice veut savoir si ces deux personnes sont ou non des enfants de disparus. Le cas serait assez banale si madame Ernestina Herrera de Noble n’était la patronne de Clarin, groupe de médias gigantesques qui compte le journal Clarin, plus important quotidien national, de nombreuses revues et radios dans tout le pays, les deux principaux cablopérateurs d’Argentine et de nombreux canaux de télévision dont certains des plus importants comme TN ou canal13.
De plus, en dehors de cette affaire, le groupe Clarin est en guerre ouverte avec le gouvernement qui au travers de la nouvelle loi des médias cherche à affaiblir l’omnipotence du groupe Clarin et à développer un pôle audiovisuel national puissant et un développement de médias locaux, communautaires et indépendants. Jusqu’à cette loi, le principal canal public, la 7, avait interdiction d’installer dans une ville où se trouvait un canal privé afin de ne pas fausser la concurrence. Par contre un quasi-monopole d’un groupe de médias privés ne posait aucun problème à l’ancienne loi mise en place par la dictature. La guerre entre le gouvernement et Clarin se joue actuellement dans les tribunaux de manière féroce et dans la presse depuis que la loi a été votée il y a quelques semaines.
Il est évident que tout ce qui va dans le sens de la mémoire retrouvée est une excellente chose pour l’Argentine, particulièrement dans le cas des enfants appropriés puisque c’est encore une des cicatrices les plus douloureuses dont souffre aujourd’hui le pays. On ne le redira jamais assez mais environ 400 enfants de disparus, soit nés en captivités, soit enlevés avec leurs parents sont toujours probablement en vie sous une fausse identité. Et il est probable que d’ici quelques semaines ou quelques mois l’Argentine connaitra l’origine des nietos 101 et 102. La vérité avancera, même si elle continue à piétiner dans les procès des ex-militaires de la dictature qui continuent à se taire obstinément. Et il est possible que la souffrance de l’absence se termine enfin pour deux familles qui recherchaient depuis près de 30 ans leur enfant disparu.
Pourtant ce cas soulève plusieurs points dérangeant. Déjà les deux enfants de madame Noble refuse de connaître leur origine. On peut les comprendre, ils ont beaucoup à perdre. Peut-on obliger une personne à connaitre ses origines ? De l’autre côté peut-on laisser des familles dans ce point d’interrogation qu’est l’absence de ces enfants appropriés ? Deux logiques, deux peines, deux histoires incompatibles qui s’affrontent sur une gigantesque guerre politique et un tas de fric pas moins imposant.
Il est probable que la famille Noble continue la guerrilla judiciaire contre ces échantillons d’ADN et que tout cela se décidera en point final devant la cours suprême. Quoi qu’il en soit la quête de la vérité prend parfois des chemins que n’auraient pas renier Don Quijote surtout quand le pouvoir et l’argent entrent dans la danse. Que se passera-t’il si Felipe et Marcela sont reconnus comme enfants de disparus ? Quels seront les conséquences pour leur mère et pour le groupe de presse qu’elle contrôle ? J’en arrive a espérer que les analyses se fasses rapidement et qu’elles montrent qu’ils ne sont pas fils et fille de disparus. Mais l’obstination de la famille fait bien sûr penser au contraire. Un nouveau psychodrame argentin semble devoir s’écrire.
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décembre 24th, 2009 at 11:51
C’est dérangeant dans la mesure où il semble évident que la justice ordonne des recherches, non pour les disparus, mais pour détruire la famille Noble ou, plutôt le groupe Clarin.
décembre 24th, 2009 at 12:10
Oui et non, ça aurait été dans une famille quelconque il y a longtemps que l’on saurait ce qu’il en est.
La guerre entre le gouvernement et Clarin joue probablement aujourd’hui. D’un autre côté le groupe Clarin c’est vraiment un problème pour le pays. On ne parle pas de liberté de la presse, mais de contrôle de la presse par des groupes industriels. les radios ou télé alternatives étaient interdites jusqu’à la loi que combat avec tant d’acharnement Clarin.
décembre 24th, 2009 at 12:10
Pis bon si il y a des preuves qu’elle s’est appropriée ses enfants sa place est en prison.
décembre 24th, 2009 at 12:13
intéressant et très dur émotionellement pour les enfants…
décembre 24th, 2009 at 12:25
Oui dans tous ces cas c’est terrible pour les enfants. Le pire c’est pour ceux qui découvrent que leur parents adoptifs sont les assassins de leurs vrais parents.
T’as encore 400 enfants environs qui sont “disparus”
décembre 24th, 2009 at 12:45
Ce que je voulais dire, c’est qu’il est parfaitement légitime pour les familles de savoir où sont les enfants d’assassinés ( le terme” disparu” m’agace, en l’espèce), mais que, s’il s’agit juste de détruire ce groupe de presse, ce n’est pas la bonne raison. Un peu comme Al Capone tombant pour fraude fiscale.
Est-ce que tu peux me rappeler le titre du film (probablement milieu des années 80) qui traitait de ça ? J’ai un vague souvenir du sujet: famille de militaires, je crois que la femme était prof, je me souviens juste de la scène dans laquelle son mari la frappe.
décembre 24th, 2009 at 13:50
Très intéressant.
On se prend à espérer comme toi que ces deux enfants ne soient pas des fils de disparus…
Rien n’est jamais simple dans ces affaires, et la soif de justice (compréhensible) des familles engendre bien souvent autant de malheur que l’injustice initiale.
décembre 24th, 2009 at 14:02
La recherche des racines est pour les enfants adoptés une source de douleur … car quels que soit leurs parents, ceux qui ont été présents tout le long de leur vie seront tout de même, quelque part, leur “parents”. Ce qu’il faut retirer de tout ça, c’est la question, l’interrogation des origines … Faut-il TOUT savoir ? Je n’en suis pas si sûre.
décembre 24th, 2009 at 17:40
Mon-Al dans le cas présent ce ne sont pas les enfants qui recherche leurs racines, mais les grands parents qui recherche leurs fruits, si j’ose cette image.
décembre 24th, 2009 at 17:44
Malatrie comme ça le film ne me dis rien. Les grands mères de la place de mai sont très peu politisé, mais dans le cas présent il n’est pas impossible qu’elles soient instrumentalisées par le gouvernement. Mais bon le groupe Clarin n’hésite pas à utiliser sa toute puissance pour pratiquer le même genre de chose.
Et en Argentine, contre les entreprises privées c’est bien rarement les gouvernements démocratiques qui gagnent à la fin. Essaye d’imaginer la même situation en France.
décembre 24th, 2009 at 17:58
Ben, c’est bien plus que de la soif de justice, c’est la soif de savoir si ces petits enfants sont vivant ou non et si oui où ils se trouvent et quelle vie ils ont eu depuis 30 ans. Pour le parents, même si on ignore où se trouve la majorité des corps (ce qui permet d’ailleurs au pro dictature de remettre en cause le chiffre de 30 000 morts) ont sait qu’ils sont dans une fosse commune probablement dans un cimetière proche du rio de la Plata.
Engendrer plus ou même autant de malheur que l’injustice initiale est quand même difficile, quand on sait ce qui se passait dans les centres de détentions, tortures systématiques, viols, vols de la mort etc.
le problème est à mon avis sociétale, ces 400 enfants de “disparus” (à utiliser avec l’auxiliaire être et non avoir) et qui ont été appropriés et dépossédés de leurs origines, pèsent aujourd’hui sur la société argentin et l’empêche me semble-t’il de sortir des horreurs de la dictature. L’Argentine pourra repartir sur de bons rails quand l’histoire sera enfin écrite et quand ces grands enfants auront été retrouvés.
Un dessin symptomatique de ce fait :
Les personnages disent suis-je le numéro 100, c’est à dire le centième enfants retrouvés. La question ne se pose plus puisque le numéro 100 a été retrouvé cette semaine.
Site du dessinateurs : http://www.miguelrep.blogspot.com
origine de l’image : http://www.pagina12.com.ar/dia.....12-17.html (tout en bas)
décembre 24th, 2009 at 19:07
C’est un problème éminemment complexe…
En tout cas, merci d’en parler, parce que cela semble secouer la société argentine au plus profond. Ca paraît tellement lointain et surréaliste…
C’est bien de savoir que de telles horreurs existent. Même si on ne peut rien y faire, ça nous fait réfléchir, et ça, c’est jamais une perte de temps.
décembre 24th, 2009 at 19:16
c’est un pays étonnant ils ont fait toutes les conneries possible sauf la dictature communiste globalement.
Il y a une quantité de paradoxes incroyables et dans la constitution elle même. ils ont quand même inventé la fédération centralisé…
décembre 24th, 2009 at 20:48
J’ai retrouvé le titre du film ( merci wikipedia) : l’Histoire officielle de Luis Puenzo
http://fr.wikipedia.org/wiki/L.....officielle
décembre 25th, 2009 at 8:56
Dul : bien sûr que dans CE CAS, ce sont les grand-parents qui recherchent leurs petits-enfants … Ma question était : quel sera le fardeau des enfants de savoir si les parents qui les ont élevés, probablement avec amour, sont ou ne sont pas les vrais, ce qui les a amenés à les aimer … Je me mets à la place des enfants … et je répète que TOUT n’est pas bon à savoir !!!
décembre 26th, 2009 at 16:42
Je ne sais pas si il faut se réjouir que la justice rende enfin justice à des grands-parents qui ont énormément soufferts ou s’il faut s’affliger de la grande souffrance que l’on va infliger à ces “adoptés”(?)
Mais l’individu doit_il primer sur l’histoire collective ? Le problème c’est posé chez nous pour les enfants de “collabo”…Fallait-il faire semblant de????
janvier 10th, 2010 at 16:41
Comme quoi, de toutes façons et dans toutes les guerres, les enfants sont toujours des victimes.
Il faut ne pas oublier la logique perverse qui a présidé à ces kidnappings et leur perpétuation au fil des années : il fallait, au nom de Dieu miséricordieux (il est toujours miséricordieux quelles que soient les religions et quels que soient les crimes que cette miséricorde couvre de son sale manteau – ici, cache), sauver des innocents des griffes de ces monstres communistes.
Pas une seconde nos bonnes âme chrétiennes n’ont pensé que ces “monstres” et leur famille (svp, soulignez les guillemets) étaient des humains volés de ce à quoi ils tenaient le plus.
Pas une seconde elle n’ont douté de leur bonté, de la justesse de leur mission sacrée.
On retrouve là ce qui a fait que les SS etc. ont pu exterminer des enfants juifs avant d’aller bercer leur enfants : ces enfants n’étaient pas des humains mais des untermensch.
Ce n’est pas qu’une coïncidence : se souvenir que l’Argentine fut un des refuges des nazis recherchés…