Errances

Menendez, l’assassin sans regret

Posted on décembre 13, 2009 | Category: 5 - Argentine

Général Luciano MenendezLe procès de l’ESMA (école supérieur de mécanique de la Marine) s’est ouvert ce vendredi au moment où tombait le verdict d’un autre procès de la dictature, un des nombreux contre le général Menendez. Pour la troisième fois il a été condamné à la prison à perpétuité. Le marathon judiciaire du général Menendez est d’ailleurs loin d’être terminé puisqu’il a encore au moins 5 procès sur le dos pour la torture et la mort de plus de 50 personnes.

Le général Menendez est un cas intéressant, c’est en effet l’un des rares à assumer pleinement ses actions pendant le dictature, l’un des rares à ne pas jouer au gâteux pour éviter ses condamnations, l’un des rares à affronter devant le tribunal ses victimes ou leurs enfants, les yeux dans les yeux, bien droit dans ses bottes. A la fin de ce procès il a affirmé, avec cet aplomb des fanatiques, qu’il avait combattu l’invasion communiste international qui cherchait à mettre l’Argentine dans l’orbite de l’Union Soviétique et la soumettre a un régime sans pitié et brutal. Il n’est pas a une contradiction près, les travailleurs sociaux étant à cette époque considérés comme de dangereux guérilleros communistes, les péronistes, qui ont déploré plusieurs milliers de morts durant la dictature, étaient anticommunistes et leur chef ami du général Franco, le proceso n’a évidement pas été un régime sans pitié et brutal et surtout la tripleA dés la fin 75 était venue à bout de la très grande majorité des groupes armés. Mais la question n’est pas vraiment là. En effet ce qui surprend avant tout avec ce personnage c’est son absence total de regret et de sa fierté pour le travail accompli, quel que soit les méthodes pour y arriver, quel que soit le prix pour y arriver.

D’une certaine manière il fait penser au Général Aussaresse, même orgueil, même fierté de la nation, même sentiment d’urgence à combattre soit le communisme, soit pour la nation en danger, soit les deux et surtout cette même absence totale de regret. Il fallait faire le boulot, il l’ont fait.

Les procès contre Menendez vont continuer, les peines à perpétuité vont continuer à s’empiler avec une régularité stupéfiante, les tentatives pour obtenir de purger sa peine soit sur une base militaire, soit en résidence surveillée vont s’enchainer. Il est vrai que cet homme à aujourd’hui 82 ans, sa place est-elle vraiment en prison. Cet homme, grand ennemi des droits de l’Homme, doit-il subir un châtiment qui va à l’encontre de ces même droit de l’homme.

La question me semble devoir être posée et peut-être particulièrement car l’on est face un salaud qui s’assume totalement. Mon premier sentiment c’est que cet homme, qui malgré ses crimes a toujours eu une vie confortable, doit payer un jour et de préférence avant qu’il ne soit trop tard. D’un autre côté, même si c’est un assassin de sang froid, c’est aussi un vieillard et qu’il n’y a pas de raison que lui y soit quand dans la loi argentine dit que les prisonniers de plus de 75 ans doivent terminer leurs peines en résidence surveiller (sauf pour les crimes contre l’humanité ?).

La justice n’est pas vengeance, mais se pose ici plusieurs questions cruciales. Ces hommes n’ont jamais reconnu leurs crimes soit en les niant soit en les considérant comme des actions normales en temps de guerre (quelle guerre ?), qui n’ont jamais exprimé le moindre regret pour la violence de leur guerre contre de sédition et surtout ils n’ont jamais fourni le moindre document pouvait aider l’histoire à enfin s’écrire, aux familles de retrouver les corps des leurs, aux familles de retrouver ses enfants nés en captivés et privés de leur identité.

Il y a-t’il d’autres solutions pour que la vérité montre enfin le bout de son nez ? En Argentine il n’y a pas eu d’autres solutions proposées que la loi de point finale, loi qui disait globalement pardon et oublie. Restait-il alors aux familles de disparus et l’état argentin d’autres solutions, une fois les amnisties déclarées inconstitutionnelles, que ces procès qui s’enchainent pour juger des vieillards qui s’obstinent à se taire, à se faire passer pour gâteux ou à clamer, comme avec Menendez, qu’ils ont juste fait et bien fait leur travail ? Je n’ai évidement pas de réponse à offrir !

Par contre j’espère qu’au moins un de ces hommes, qu’au moins un de ces assassins parlera et que l’Histoire pourra enfin s’écrire sur ces pointillés qui, telles des chaines, continuent encore à empêcher le pays à avancer.

» Filed Under 5 - Argentine

13 Responses to “Menendez, l’assassin sans regret”

  1. Raslacouette Says:

    Le mouvement des Mères de la Place de Mai est toujours actif?

  2. Liger Says:

    Dans ce genre de procès, plein de choses se télescopent: Aspects purement juridiques, jugement d’une époque avec les outils éthiques d’une autre époque, aspect politiques et stratégiques liés à la guerre froide, et surtout devoir de vérité et de mémoire.
    De mon point de vue, si l’opinion ou l’absence de regrets de Menendez ne doivent pas influer outre-mesure la décision du procès (si ce n’est par l’absence de circonstance atténuantes), la volonté de cacher la vérité, d’effacer la mémoire, de priver les familles de ces outils nécessaires au deuil, constituent des circonstance non seulement aggravantes, mais également “renouvelées”.
    Autrement dit, la date des faits et l’age du bonhomme n’entrent plus en ligne de compte, puisqu’il réitère un acte délibéré d’atteinte à autrui. Et cet acte a lieu tous les jours, ce qui montre d’une part que le pouvoir de nuisance ne dépend pas de l’age, et d’autre part qu’il faut également juger ce fait actuel, donc sans aucune prescription.

  3. Dul Says:

    P’tite couette, oui bien sur le mouvement des mères de la place de mai est toujours actif, autour 2 associations sont aussi très actives, les grands-mères de la place de mai et HIJOS.

  4. Dul Says:

    Merci Liger pour ce point de vu.

    De toute façon leurs crimes sont pénalement imprescriptibles vus qu’ils sont classés crime contre l’humanité.

    Très intéressant ton analyse sur les circonstances renouvelées. Aux exemples que tu as pris il faut en ajouter un : ils continuent à tuer pour se protéger. Deux cas emblématiques ont eu lieu ses dernières années, la première, la disparition de Julio Lopez après son témoignage contre Miguel Etchecolatz et l’assassinat probablement par sa propre femme ou son fils de d’Hector Febres qui deux jours plus tôt, à l’ouverture de son procès, avait dit que le jour où il parlerait beaucoup de souffrance serait allégée. Il était responsable de la clinique où sont nés la majorité des enfants de disparus à qui les militaires ont volé l’identité (près de 500 dont 99 retrouvés à ce jour).

  5. Liger Says:

    Ça me rappelle l’ambiance des “Phalanges de l’Ordre Noir”, de Christin et Bilal…

  6. Dul Says:

    Tient il faudrait que je le relise cet album, un des meilleurs de Bilal avec partie de chasse.

    Ils ont fait de superbe albums ensembles ces 2 là.

    Sinon ben leur base idéologique est La guerre subversive des français et les modèles fascistes et nazis.

  7. homere Says:

    tiens je suis en train de lire Littell, la le prix concours (qu’on court?), ah oui, les bienveillantes; il y a peu je lisais le portail de Bizot, sur duch, le chef du s21, au Cambodge. Il est necessaire de punir et juger et condamner la bestialite (et la torture, sa forme exemplaire: avilir, humilier, bafouer, eliminer, profaner) parce qu’ il y a une proximite maladive de l’homme avec ces formes finalement pas si etranges de la folie. Ce que je veux dire c’est qu’il faut peu pour se transformer en bourreau. Et il vaut mieux le savoir. On peut evidement ne voir la, comme Beasse premiere, qu’une monstruosite pathologique. Je crois que la seule chose qui nous en preserve sont les garde-fous que nous-memes nous imposons, a force de progres spirituels et d’humilite.

  8. Numérosix Says:

    Tu sais ce que je pense en théorie froide sur les jugements plus de trente ans après , Dul , on en a déjà parlé . Et je suis donc hyper bien placé pour te dire que je suis entièrement d’accord avec toi sur ce cas , et que trouve ton article ( malheureusement parce que ça manque gags) excellent..

  9. lamorille Says:

    là tu poses des questions qui me turlupinent…doit-on à titre collectif appliquer une sentence que chaque individu aurait vite fait de jugr à l’aune de sa propre expérience…ou de ses propres convictions ? dilemme…
    en tout cas merci le dul !
    ‘tain, le menendez, il ressemble comme deux gouttes de gnôle au maire de montlu…

  10. Dul Says:

    Désolé pour les gags j’suis un très mauvais déconologue, je n’en mérite même pas titre Numéro6.

    En écrivant ce texte j’ai pensé à la discussion que nous avions eu sur le sujet il y a quelques temps.

    Je me pose vraiment énormément de questions sur tout ça parce que je ne crois pas que l’Argentine puisse repartir sur des bases saines tant que les plaies de la dernière dictature, je dirai même les plaies depuis la révolution libertadora de 1956 ne seront pas soignée.

    Il y a un besoin fondamental d’écrire l’histoire argentine pour faire repartir le pays et il y a ce poids des enfants appropriés qui bloque je crois complètement le pays.

    Les militaires et tout ceux qui les soutiennent sont heureux quelque part, bien sur les procès se fassent contre eux les jeunes nés après 83 se moquent totalement de l’histoire du pays. La société du spectacle qui t’es chère est terriblement implantée ici. Ce qui compte c’est d’être un consommateur. Celui qui ne consomme pas, qui meurt de faim est un paresseux, tout est de sa faute. TF1 est une télé de grande qualité pour l’Argentine.

    C’est une société bien étrange.

  11. Dul Says:

    comme tu dis dilemme lamorille.

  12. Dul Says:

    Intéressant Homère, d’autant plus que ces gardes fou pendant longtemps ce sont les religions qui s’en sont occupées, l’enfer, les réincarnations pourris etc…

    Et on remarquera que le 20ème siècle, siècle qui s’est voulu éloigné de dieu, les pires carnages se sont produits.

    Tu as raisons ce sont les gardesfou que nous nous imposant qui évitent les dérives.

  13. ginko Says:

    Super article Dul !
    Par contre si je puis essayer de répondre à ta question : doit il rester oui ou non en prison, je pense que non.
    En effet, soit on est contre la vraie perpétuité, soit on est pour, quel que soit le crime commis. En dehors de ça on est plus dans le domaine de la justice mais dans celui de la vengeance.
    De toute façon pour moi la justice en général, même si elle est plus clémente, c’est un domaine de la société qui a peu évolué dans l’histoire en général et c’est bien dommage.
    Mais ceci est un autre sujet.

Leave a Reply