Posted on août 24, 2009 | Category: 3 - Écrits, Défis

Vous sortez de chez vous, comme tous les matins vous appuyez sur le bouton de l’ascenseur, un bruit hydraulique, un choc, la porte s’ouvre. L’odeur de la dame au parfum vous assaille, une de ces odeurs de parfum capiteux, lourd dont il semble impossible de se débarrasser. Vous faite un pas en arrière, la porte se referme, dans un soupir de soulagement vous vous dirigez vers l’escalier. Après tout pourquoi prendre l’ascenseur, il n’y a que 12 étages à descendre et en sautant les 7 ou 8 dernières marches de chaque demi-étage, en s’appuyant sur les rambardes, vous vous replongez en enfance et profitez de cette douce sensation de voler. Second sous-sol, vous ouvrez la porte, d’abord c’est l’odeur du vide-ordure qui vous assaille, ensuite, une fois encore, celui de la dame au parfum. Vous vous dirigez vers votre voiture d’un pas hésitant, vous avez envie de faire demi-tour, mais vous devez savoir. En vous approchant de votre box, bien visible sur le para-brise, comme vous le craigniez, une photo vous attend. Vous n’y jetez qu’un rapide regard, vous savez déjà ce qu’il y a dessus : Un homme étendu sur une plage de sable près de la mer à marée basse, à ses côtés une ambulance du Samu et un médecin qui le ranime. Vous sentez tout à coup la brulure de l’eau salée dans vos poumons, vous vous rappelez de cette respiration qui vous a éloigné de la mort. Après tout c’est encore très frais, vous n’êtes sorti qu’hier de l’hôpital ! Pourtant la femme au parfum est déjà là.
Vous ouvrez votre voiture, vous y montez, vous lancez le moteur, vous attrapez la télécommande du garage, vous roulez, vous ouvrez la porte, vous jetez la photo sur le tableau de bord, mais vous êtes ailleurs. Même l’agitation de la rue ne vous ramène pas. Non ! Vous êtes de retour à Cuisery, Saône et Loire, là où pour la première fois vous avez senti l’odeur de la dame au parfum, là où pour la première fois vous avez trouvé une photo sur le pare-brise de votre voiture.
Ce matin là, vous râlez contre cette horrible odeur de parfum, vous avez un sourire amusé en découvrant un Polaroïd planté derrière les essuie-glaces. Une photo aux couleurs délavées prise à l’intérieur d’une petite voiture montrant un paysage de plaine infinie et d’un ciel gris acier dont l’uniformité n’est dérangé que par un tilleul à gauche de la route et la carrosserie du véhicule. Une photo sans le moindre intérêt, d’une tristesse infinie. pourtant vous la mettez bien en vue au milieu du tableau de bord. Elle y restera de long mois. Sans que vous ne compreniez pourquoi, elle vous obsède, d’autant plus que chaque matin, dés que vous prenez l’ascenseur, l’odeur de la dame au parfum vous assaille. Mais, la vie continue jusqu’à ce jour où, pour votre travail, vous vous rendez à Fleury sur Andelle. Comme la journée est belle et que vous avez un peu de temps, vous décidez de vous y rendre par les petites routes, évitant les autoroutes et la nationale 14. C’est après Etrépagny, sur la route de Gisors, que vous le voyez. Vous freinez tellement brutalement que la voiture que vous venez de doubler ne réussit à vous évitez que d’extrême justesse dans le son enragé d’un klaxon. Tant bien que mal vous vous arrêtez. les roues arrières sur l’herbe du bas côté, les roues avant encore sur la route. Vous avez alors une double visions, même arbre, même route, seules différences le bleu du ciel et l’intérieur du véhicule. Vous descendez, vous vous asseyez sur votre capot. Combien de temps resterez-vous ainsi, impossible à dire. Vous savez juste que vous êtes arrivé avec près de 2 heures de retard à votre rendez-vous, que les véhicules vous passant klaxonnaient à cause de votre stationnement plus que douteux. C’est une femme, qui s’est arrêté pour savoir si vous alliez bien, vous sort de votre torpeur.
Le soir même, en rentrant chez vous, vous jetez la photo. Vous vous sentez aussi incroyablement léger. Pourtant le matin suivant l’ascenseur est encore envahi de l’odeur de la dame au parfum et sur votre para-brise trône une nouvelle photo. En dehors du ciel bleu et de cet homme assis sur le capot elle est identique à la première. En la regardant de près vous vous rendez compte que c’est vous et votre voiture qui sont sur la photo. Photo impossible, personne n’était avec vous, vous n’avez vu personne, cette femme qui s’est arrêtez n’est pas monté dans votre voiture, puis ce parfum, non rien à voir.
Une photo impossible, vous n’arrêtez pas de vous le répétez, une photo impossible. Effrayez, vous finissez par la retournez, mais cela ne fait qu’augmenter votre terreur. D’une écriture ronde, pleine et rouge sont écrit ses quelques mots :
– Qui êtes-nous ?
Vos jambes vous lâchent, vous tombez lourdement sur le sol, un voisin se précipite, vous aide à vous relevez. Il demande si vous voulez voir un médecin, mais vous refusez, il insiste, vous refusez d’un ton agressif. Après un silence gêné, Vous vous excusez, vous le remerciez, vous refermez votre voiture, vous remontrez chez vous. Dans la poubelle vous retrouvez la première photo, même angle de prise de vue, même focale, juste ce ciel bleu et vous, aucune autres différences. La peur vous submerge. Vous restez ainsi 2 journées enfermé, totalement pétrifié. Vous regardez les photos. Vous cherchez la moindre différence. Vous regardez les photos : vous, le ciel bleu mais aussi ses mots qui semblent voler autour de la pièce. Aucun sens, aucun sens, aucun sens…
Le troisième jour, c’est la police qui vient vous sortir de votre piège. Qui de vos voisins, de vos collègues ou de vos amis a appelé la police, ça n’a guère d’importance, mais ils brisent votre cauchemar. Ils appellent une ambulance. Vous resterez quelques semaines à l’hôpital. Personne ne comprends votre histoire, pourtant les 2 photos sont là. Les médecins vous shootent de médocs. Les jours, les semaines passent, vous reprenez doucement le dessus, les médecins finissent par penser que vous êtes guéri, vous sortez, vous rentrez chez vous. Ce soir là vous dormez comme vous n’avez pas dormi depuis si longtemps, d’un sommeil lourd sans rêve, sans cauchemars. Le sommeil d’avant l’odeur de la dame au parfum. Ce matin là, vous êtes heureux d’enfiler votre costume, de nouer votre cravate, de passer un rapide coup de brosse sur vos chaussures. Ce matin là, le café à ce goût particulier des moments heureux. Ce matin là, le soleil brille, dans une agréable fraicheur printanière. Pourtant ce matin là, quand la porte de l’ascenseur s’ouvre vous êtes accueilli par l’odeur de la femme au parfum, Pourtant ce matin là, derrière l’essuie-glace conducteur trône une photo. Étonnamment calme , vous la regardez, une plage de sable, la mer, le ciel, rien de plus. Un cadrage étrange avec l’horizon en plein milieux, des couleurs irréelles, un ciel aux nuages coupés, une netteté douteuse. L’image est totalement neutre, de petites vagues figées par une vitesse rapide pour unique histoire et un galet noir pour la distraction. Bien que la photo soit totalement neutre, sans le moindre repère, vous savez exactement où elle a été prise, à l’endroit même où la plage de sainte Marguerite devint la plage de Quiberville. Sur cette ligne imaginaire qui sépare les deux villages où vous avez passé toutes vos vacances d’été. Vous retournez la photo et comme vous vous y attendiez apparait l’écriture rode, pleine et rouge. Le message dit maintenant :
– Y allez-nous maintenant ?
Vos lèvres forment un »oui » bien qu’aucun son ne sorte de votre bouche. Au lieu de prendre la route de le Défense et de votre travail, vous attrapez le périphérique, vous vous lancer sur l’A13, vous contournez Rouen, passez le pont Gustave Flaubert, vous continuez par l’A15 puis l’A29 jusqu’à Dieppe, puis vous prenez la route de la côte jusqu’à Sainte Marguerite. Vous laissez votre voiture sur le parking d’un restaurant qui regarde la mer. La marrée est basse. Vous marchez jusqu’à la limite des deux plages pis tout droit jusqu’à la mer. Les vagues commencent à frapper vos chaussures puis votre pantalon, mais vous continuez à avancer. l’eau vous arrive jusqu’à la ceinture, mais vous continuez à avancer. Une vague un peu forte vous déstabilise, vous vous laissez tomber, vous laisser l’eau vous submerger, vous laisser l’eau vous entrez dans la bouche, vous laissez l’eau entrez dans vos poumons, vous vous rendez compte que le courant vous entraine vers la plage, vous perdez connaissance.
Une terrible douleur vous arrache un hurlement, vous respirez à nouveau. Vous n’avez guère conscience de ce qui vous entoure, sauf de ce gyrophare bleu. les jours suivants vous récupérez à l’hôpital de Dieppe, le personnel est dévoué, gentil avec vous, mais vous avez aussi conscience de ce policier qui reste toujours derrière votre porte. Puis les questions ont commencé. Mais vous n’avez aucune réponse. Finalement on vous transfére dans une unité psychiatrique et finalement vous sortez.
Ça y est vous êtes de retour dans votre temps. Avenue Foch, vous prenez la contre-allée, vous trouvez une place, vous arrêtez le moteur. Vous fermez longtemps les yeux, puis sans les ouvrir vous la prenez. Vous la sentez, l’odeur lointaine de la dame au parfum vous assaille, vous la retournez, vous ouvrez les yeux. L’écriture ronde, pleine et rouge vous demande :
– Pourquoi êtes-nous encore en vie ?
Vous jetez la photo par la fenêtre et vous restez là sans bouger. Pourquoi le faire de toute façon. Puis très lentement vous ouvrez la boite à gant, vous sortez une perruque jaune , une robe longue aux couleurs défraichies, des chaussures à talon haut. Vous abandonnez votre costume, vous les enfilez ces habits de femme, vous sortez, vous ouvrez le coffre. Vous en sortez un sac de voyage, dedans se trouve un petit appareil photo numérique et une bouteille de parfum à l’odeur insoutenable. Vous vous aspergez du parfum, vous projetez violemment l’appareil , vous remontez l’avenue. Vous vous dites en commençant à traverser l’étoile en fermant les yeux que décidément vous devez faire tout toute seule, que vraiment il est impossible de faire confiance aux hommes. Vous n’entendrez pas les hurlements des freins, vous ne sentez pas la douleur du choc, vous ne voyez pas les lumières des gyrophares, mais vous savez que vous avez réussit. Quel imbécile vous faisiez, c’était tellement simple.
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Commencer la journée avec cette magnifique page, c’est un maxi bonus.
Merci Dul. Que la vie soit douce avec toi et tous les tiens.
j’sais pas si c’est le genre de texte qui me donnerai la pèche au petit matin, mais je te remercie du compliment.
Merci Dul… Je penserai à de nouveaux défis ; ça donne envie. Mais toujours quelque chose qui mène à un conte aussi sombre…
PS : j’aime bien comment tu expédies en deux lignes ma photo bien pourrie
Merci Dul… Je penserai à de nouveaux défis ; ça donne envie. Mais pas toujours quelque chose qui mène à un conte aussi sombre…
PS : j’aime bien comment tu expédies en deux lignes ma photo bien pourrie
c’est pas que ça donne la pêche: c’est mélancolique, émouvant, bien écrit.
et du coup, je t’ai envoyé d’amicales pensées pour tous ces sentiments éprouvés.
hulk on peut tenter le coups une fois par semaine, pas obligatoirement à partir d’une photo.
Promis j’essayerai de ne pas être toujours aussi noir.
Je dois avouer que le perso m’a échappé. J’avais pas du tout prévu la fin, c’est en choisissant l’avenue Foch que cette fin a jailli.
La première photo ça m’a vraiment arrivé d’un retrouver une sur mon pare-brise, mais je n¡avais pas réussit jusqu’à aujourd’hui à l’utiliser dans une histoires, grâce a toi c’est fait.
merci p’tite banane ça me touche beaucoup.
Mets tes liens chez Cyp, parce que je suis pas bien douée à l’ordi et si monsieur banana est pas là, je suis merdouilleuse. Avec un lien, tout va bien, hé hé!
des bises
j’l'ai déjà mis 2 fois.
pour mettre le lien c’est super simple tu le copies dans la barre d’adresse (ctrl c) et tu la colles dans ton message (ctrl v)
Tu pourrais être dans les liens génériques du blogacyp, aussi.
ça c’est lui qui choisit pas moi
Oui, mais on peut faire pression, en organisant une marche citoyenne par exemple, suivie d’une occupation avec séquestration. Ca devrait marcher.
je ne suis pas pour les actions violentes, Si Cyp mon considère digne de son blog il me rajoutera dans sa blogroll et biensur je lui rendrai la pareille.
Communiste va !
La torture à la gégène c’est gentillet, comparé à la photo de Hulk. Il mériterait d’être piétiné par un éléphant impérial moghol jusqu’à sa métamorphose en purée d’épinards, ce vil.
Ta souffrance sue de tous les mots de ton beau texte, mon pauvre Dul. Je réclame vengeance en ton nom !
Et l’amitié, olé !
C’est justement sont côté totalement atypique (putain j’suis politiquement correct trop fort) qui au final la rend intéressante, une photo pleine de vide, il a fallu ça pour que j’écrive enfin cette histoire.
Ah mais j’avais bien précisé qu’il s’agissait d’une photo totalement pourrie hein !!!
elle est pas si pourri puisqu’elle m’a inspiré cette histoire
.
Oh putain… Me traiter de communiste, moi !!!
Je vais méditer des représailles appropriées…
Dul, t’est trop sympa…
HULK : ELLE EST VRAIMENT POURRAVE TA PHOTO !
Ouais, une honte cette photo, il faudrait pendre le con qui a osé la prendre !
sacré vous
.
Communiste j’étais sur que ça te plairait
Si tu veux des photos pleines de vides, je t’envoie celles que je prends à ouverture 40 devant une ampoule pour voir s’il y a des poils de couilles sur le capteur…
40 !
pour les poils de couilles sur le capteur rien de mieux qu’un beau ciel bleu
Oui, il me semble que le zoom 70×300 va jusqu’à 40. Je vois pas l’intérêt, sauf pour les poils de couilles sur le capteur !
ouias 40 ça commence à être des usage plus que spécifique, mais 70/300 il ouvre à 32 il me semble.
Brrrrr…
Tu sais nous maintenir en haleine Dul. C’est pas du joyeux, mais on en redemande!
Plein de bises.
Merci Marina, j’espère rèussir à vous proposer une ou deux histoires par mois.
Magnifique.
Ce matin , je n’ai pas eu dans l’ascenseur le parfum prisunic de la dame, mais l’haleine avariée du flic en retraite du 1er, avec son magnifique et authentique nez -fraise, descendant ses cadavres de la nuit.Il transpirait l’alcool par toutes les pores de son corps crasseux. Beurk !
Bon, après c’était bien mieux , couleurs et belles odeurs du marché des Lices.
Aux huîtres , citoyens !
Belle journée à toi et à tes visiteurs.
Magnifique.
Ce matin , je n'ai pas eu dans l'ascenseur le parfum prisunic de la dame, mais l'haleine avariée du flic en retraite du 1er, avec son magnifique et authentique nez -fraise, descendant ses cadavres de la nuit.Il transpirait l'alcool par toutes les pores de son corps crasseux. Beurk !
Bon, après c'était bien mieux , couleurs et belles odeurs du marché des Lices.
Aux huîtres , citoyens !
Belle journée à toi et à tes visiteurs.;…