Errances

Quand les salauds parlent

Posted on septembre 5, 2008 | Category: 6 - Regard sur Buenos Aires, Actualité

Une campagne d’affichage sauvage dans les rues de Buenos Aires, en tout cas en centre de la Ville, Palermo, Recoleta, Microcentro. Une affiche sur laquelle on voit 3 photos, deux femmes d’un certains ages entourent la photo terrible d’un enfant gravement dénutri.

Campagne d'affichage d'ordures pro dictature

Avant de voir les textes écrits en blanc et jaune, je reste bloqué sur ces 3 images, particulièrement la photo centrale (image connue qui m’avait déjà marqué), celle d’un mal effroyable, celle de la pauvreté absolue. Les deux visages qui ‘entoure semblent incongrues déplacées. En effet ce ne sont pas n’importe quelles personnes, ce sont respectivement Estela de Carlotto présidente des grands-mères de la place de mai et Hebe de Bonafini présidente de l’association des mères de la place mai. Que font ses deux visages, associés à la misère la plus terrible?

Les textes commencent à s’imposer. C’est la légende de l’image centrale que je lis en premier :

Tous les jours 8 enfants meurent de dénutritions en Argentine (journal Critica 10/08/08)

Terrible réalité d’un pays aux inégalités insupportables. Mais que font ses deux femmes autour de cet enfant, deux femmes qui ont passé leur vie à combattre les injustices et à tenter de savoir ce que sont devenus leurs enfants et petits enfants. Deux femmes dont les enfants ont payé de leur vie leur volonté d’une Argentine plus juste.

Je continue à lire :

Les droits de l’homme sont un commerce des défenseurs du terrorisme

sans commentaire!

Puis en haut de l’affiche  :

 En 2007, 65% des fonds distribués par le présidence de la république l’ont été en direction des mères et grand-mères de la place de mai.

Deux faits distincts : l’enfer de l’absolue pauvreté d’un côté et de l’autre les aides faites à deux des plus importantes associations des droits de l’homme par la présidence de la république . Que font-ils ainsi associés ?

Pour finir, je finis par lire qui est signataire de cette affiche : L’association des proches et des amis des prisonniers politiques d’Argentine.

Les choses deviennent soudain plus claires!

Essayons de voir maintenant qui sont les principaux protagonistes de cette campagne. Cette association ne défend en effet aucun prisonnier politique, cette association défend des hommes qui ont méticuleusement torturé et assassiné de vrais prisonniers politiques durant la dernière dictature, ainsi que les quelques années qui l’ont précédée au travers de la triple A. Cecilia Pando, La plus connue des membres de cette sympathique association n’a pas hésité, à la fin d’un procès condamnant à la prison à vie pour crime contre l’humanité plusieurs militaires, à se passer le doigt sur la gorge pour signifier au juge que cette condamnation pourrait lui couter la vie. Ce mélange des genres est d’autant plus abject que c’est sous l’impulsion de ces mêmes militaires que le libéralisme sauvage à fait ses classes dans le pays. Certaines entreprises ont même vu tous leurs syndicalistes assassinées (la Ford, ou les sucreries Ledesma par exemple). Les militaires Parlent encore d’une guerre contre le terrorisme qu’il fallait absolument mener pour sauver le pays du communisme et du Péroniste. Une guerre qu’ils ont remporté parfois contre des mouvements de guérilla, le plus souvent contre des syndicalistes ou des travailleurs sociaux. Pour ces militaires faire de l’alphabétisation dans les villas (bidonvilles) étaient une preuve suffisante de votre appartenance à un groupe terroriste, une preuve suffisante pour être torturé et assassiné. Voilà qui sont ces prisonniers politiques! Voilà qui sont ceux qui présentent les associations des droits de l’homme comme les responsables de la faim dans le pays.

Par contre ce que l’affiche ne dit pas c’est que les régions où ces problèmes d’absolues pauvretés, de dénutritions, de morts de faims se produisent sont le Chaco, Corrientes, Santiago del Estero, la Rioja, Salta, Jujuy, Tucuman, Catamarca, Misiones, ces régions du nord du pays souvent dirigés par de pseudo-gouverneur, véritables seigneurs féodaux. Ce sont aussi les régions où les sans-terres, ces paysans qui ont perdu leur terre, soit par la force soit au travers de systèmes bancaires corrompus, sont les plus nombreux. Ce que l’affiche ne dit pas c’est que ce sont les indiens qui sont le plus touchés, indiens que ces militaires auraient adorés anéantir comme l’avaient fait leurs “nobles” prédécesseurs pendant la conquête du désert et autres campagnes d’exterminations de ces humains, à peine humain, qui osaient vivre sur leurs terres. Ce dont cette affiche ne parle pas c’est la destruction de la forêt qui augmente la pauvreté de ces indiens qui y perdent aussi bien leurs traditions, leur mode de vie que leurs moyens de subsistances.

Dans quelques jours les affiches auront disparu, à Palermo entre ce matin et ce soir beaucoup d’entre elles ont heureusement déjà disparu.

Dans quelques jours d’autres enfants seront morts de faim, dans l’indifférence, l’ignorance, générale.

Dans quelques jours les mères de la place de mai chercheront toujours le corps de leurs enfants, l’histoire de leur dernier jours.

Dans quelques jours les grand-mères de la place de mai chercheront à savoir si leurs petits enfants sont vivants et si oui à quoi ils ressemblent et comment ils vivent.

Dans quelques jours Cecilia Pando et ses joyeux tortionnaires continueront leur tournée des tribunaux pour essayer d’effacer la justice et si possible aussi l’histoire.

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8 Responses to “Quand les salauds parlent”

  1. Emmanuel Says:

    Merci de ce portrait d’une des contradictions de l’Argentine. Je découvre ce blog et je vais revenir. A défaut d’être allé là-bas, j’ai une affection littéraire ancienne, à commencer par Saer. Je m’abonne. (Pardon, c’est ici que je voulais poster ce commentaire…)

  2. Ségolène, Team Observers Says:

    Bonjour, je m’appelle Ségolène,
    je travaille pour le site internet les Observateurs à Paris, http://www.observers.france24.com.

    J’ai trouvé votre post très intéressant, je me demandais s’il serait possible d’en parler un peu au téléphone. Je suis joignable par mail smalterre@france24.com.

    Cordialement,

    Ségolène.

  3. chroniqueba Says:

    Merci Emmanuel, je ne connais pas Saer, je suis un grand fanatique de Borges et Cortazar pour ma part. Au point que j’adorerai vivre dans la charmante rue Cortazar.

    Pas de problème pour l’erreur ça arrive au meilleur :) .

    Ségolène je vous ai écrit par mail, c’est volontiers que je discuterai avec vous.

  4. tonio Says:

    merci dul…

  5. Anne Delacharlerie Says:

    L’action des Mères et des Grands-Mères de la Place de Mai est quand même loin d’être exempte de toute critique. Elles se sont mêlées un peu de tout et n’importe quoi ces derniers temps, à commencer par la crise du Campo.

  6. chroniqueba Says:

    Je n’ai jamais dit que c’était des saintes, mais de la à les rendre responsables de la faim dans la pays ! C’est d’autant plus mensonger que la photo présentée est une photo prise à Tucuman ancienne province du charmant Bussi. Regardez comment ont été déstructuré toute l’industrie du sucre à Tucuman, ça ne manque pas d’intérêt et explique beaucoup de choses.

    Les mères la place de mai se sont toujours posées comme politique et dans la société, ce qui est moins le cas des abuelas des la place de mai. Leur intervention a donc été légitime dans cette crise du campo qui a été, et est toujours un choix profond de société, non un simple problème d’impôt imposé par le gouvernement. N’oubliez pas que leurs enfants sont morts car ils refusaient cette société dont la société rurale est un des pans les plus caricaturaux et dangereux.

    Faut-il rappeler une fois de plus que la société rurale a soutenu sans aucune retenue la dernière dictature ?

    Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’ai soigneusement évité de parler des actions des mères de la place de mai pour justement éviter le type de commentaire que vous avez fait. J’essayais juste d’analyser les abjectes manières de cette droite argentine qui ferait passé le Pen pour un gentil gauchiste qui n’hésite pas à tout mélanger, tentant de faire passer les droits de l’homme comme des soutiens au terrorisme, les mères de la place de mai pour d’ignobles salopes prêtes à prendre l’argent du gouvernement quitte à affamer des enfants etc. etc. etc. Vous savez qu’une partie de cet argent est utilisé pour construire des viviendas ??? Une fois encore je suis certain qu’il y a des détournements, la question n’est pas là.

    Je n’ai aucune passion pour le gouvernement actuel, mais au moins il permet à l’Argentine de regarder ENFIN en face son terrible passé. Mais le chemin est encore long et tant que certains penseront que la dictature a été une bonne chose pour le pays les mères et les grands mères de la place de mai seront indispensables et devront continué leur combat et à réclamer la vérité.

    Sur ce bonne journée

  7. chroniqueba Says:

    PS: j’ai corrigé l’adresse de votre blog qui était fausse

  8. Malvino Says:

    Le niveau abjecte de cette campagne de diffamation est a condamné fermement. C’est triste mais c’est de cet façon que les extrêmes communiquent dans notre pays…Les campagnes officielles ne volent pas haut non plus…Mais bon, vous avez raison, il faut reconnaitre à ce gouvernement la ténacité qu’il a eu à condamner les criminels des dictatures. On aimerait qu’il applique cette même ténacité à lutte contre la corruption.
    Sur les mères de la Place de Mai, il faut saluer leur combat historique, mais l’attitude actuel de leur présidente est regrettable. C’est tout de même dommage que ce mouvement soit repris pour servir les intérêts du gouvernement en place.

    la seule chose qui me gêne dans votre note et dans certains de vos commentaires, c’est la façon dont vous associez à plusieurs reprises le monde agricole au plus tristes heures de l’histoire du pays. Il doit bien y avoir quelques pommes pourries dans le panier je peux vous assurer que je n’ai jamais entendu un agriculteur faire les louanges des dictatures. Je ne fréquente pas les entités rurales, mais je suis au travers de mon travail tous les jours au contact du campo, de Jujuy à Tandil, des plus gros aux plus petits. Sincèrement la réalité que vous dépeignez dans ne colle absolument pas à ce que je vis sur le terrain.

    Comme vous le dites très bien: “cette crise du campo a été, et est toujours un choix profond de société, non un simple problème d’impôt imposé par le gouvernement”. Quel choix a-t-on?
    - Continuer la politique de l’autruche alors que la pauvreté augmente et la classe moyenne souffre.
    - Se projeter sur le long terme en mettant en place une politique agricole cohérente qui profite aux agriculteurs de quelque taille qu’ils soient et dont les retombées pour la population se traduisent en emplois et en aliments bon marché.

    Le projet de société réclamé par les agriculteurs repose avant tout sur la construction d’un secteur agricole productif, diversifié, efficace, et créateur d’emplois.
    Pour résumer, il suffit de regarder chez notre voisin brésilien. Le gouvernement a axé sa politique de développement économique sur la consolidation d’un secteur agricole productif. Cela consiste à appuyer le développement des gros et venir en aide aux plus petits, en facilitant l’accès au micro-crédit. on a ainsi vu se lancer dans les zones rurales les plus pauvres du pays des projets agricoles rentables et durables comme des petites plantations de jatropha ou de tartago (ce genre d’initiative pourrait être proposée aux communautés indigènes désheritées du Chaco par exemple…).
    Même si tout n’est pas parfait au Brésil (la déforestation reste un problème), la classe moyenne, dans les campagnes comme les villes se consolide et la faim recule. Espérons qu’un jour puissent émerger dans notre pays des politiciens suffisamment intelligents pour adopter ce genre de vision à long terme. Qu’ils se pressent! Il ne nous reste que 3 ans avant les prochaines élections….

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